15 septembre 2026 2 15 /09 /septembre /2026 06:55

De  Markus Schleinzer (Allemagne 2025)

 

Avec Sandra Hüller (Rose) Caro Braun (Suzanna), Marisa Growaldt (Erzählerin) Godehard Giese (agriculteur) Robert Gwisdek (huissier) Augustino Renken (vieux serviteur) Maria -Victoria Dragus (agricultrice) Sven -Eric Bechtolf (juge) Rainer Egger : (docteur)

 Gerard Kerkletz (direction photographique)

2026 :Berlinale Ours d’argent de la meilleure interprétation pour Sandra Hüller

2026 :Festival du film de Telluride : Silver Medallion Festival international du film d'Istanbul : Meilleur scénario  Diagonale : Prix du scénario et Meilleure bande originale de long métrage

Au lendemain de la guerre de Trente Ans, (1618-1648), un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.

Rose

Un noir et blanc somptueux qui restitue l’austérité de la vie rurale en ce milieu du XVII° en Allemagne, vie rurale soumise aux pouvoirs conjugués de la religion protestante et des propriétaires terriens locaux, une mise en scène et en images théâtralisée à la froideur clinique, une actrice, Sandra Hüller, dont la performance fut récompensée à la Berlinale - elle porte le film comme elle porte l’habit masculin, celui qui précisément confère puissance et liberté-,  une voix off explicative (trop),  ainsi se présente ce film d’époque qui s’inspire d’ailleurs de faits avérés (le spectateur était d’emblée informé par un carton en forme d'avertissement)

Markus Schleinzer s’intéresse ainsi à ces cas de femmes ayant par le passé pris l’apparence des hommes pour pouvoir jouir de tous les privilèges du patriarcat, et s’émanciper. Mais sous les apparences d’un conte social autour d'une imposture, il propose une sorte de manifeste féministe !! Rose (acceptée en tant que soldat "étranger" balafré, détenteur de "biens meubles" ) a su faire siennes toutes les prérogatives, dévolues traditionnellement aux  "chefs mâles"  - commander, faire preuve de courage viril, rentabiliser le domaine, être "pieux"  etc. C’est qu’elle aura réussi à "abattre les cartes d’un pouvoir fondé sur la déclaration de force, l’affirmation brutale du pouvoir. Quand des soupçons pèsent sur son "genre" et que les villageois désirent être les artisans d’une justice immanente expéditive, Rose éructe, en un monologue vindicatif et bouleversant, tous les défis censés les "clouer" et les résonances avec l’actualité (queer entre autres) sont assez troublantes. Au moment du procès et avant la sentence elle répond avec calme et lucidité, en assumant ses choix; après l’énoncé de la sentence, elle demande à "répéter" la scène d’exécution ; elle pleure sur le sort réservé à Suzanna alors qu’elle avait imploré l’indulgence, - Suzanna ne devient-elle pas une figure de l’émancipation ?  comme si la femme "légitime" de Rose en avait épousé la rébellion, et  comme si la relation entre les deux s’était transfigurée en archétype de la sororité…

Le clin d’oeil final à Dreyer est certes évident (visage couronné d’osier) MAIS Rose, elle,  mezza voce, a rejeté  l’idée même d’un Dieu.... créateur !

Malgré toutes ces "qualités" (exigences formelles aux références artistiques multiples et plaidoyer aux accents très modernes)  le film n’emportera pas toujours l’adhésion (cherchez l’erreur…)

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 septembre 2026 1 14 /09 /septembre /2026 05:00

D'Isabel Coixet (Italie 2025)

Avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi

Titre original Tre Ciotole (trois bols) 

Toronto Film festival 2025 Festival film Cabourg 2026 Festival cinéma Menda Espagne 2025 Festival cinéma espagnol Nantes 2026

Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l'appétit. Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l'envie de vivre sans peur.

Trois adieux

Adapté de l’œuvre autobiographique de Michela Murgia (tie ciotole 3 bols) le film d’Isabel Coixet frappe par l’approche singulière de la maladie (hymne au "temps qui reste" au  "vivant") et une façon très particulière de filmer :  ellipses, flash back sous forme d'instantanés à  la chronologie subjective, filigranes, alternance entre gros plans sur les visages des protagonistes et plans d’ensemble dans le contexte d’une capitale loin des clichés touristiques, oui tout cela fait cohabiter (ou superposer) paysage intérieur et environnement (appartement terrasse salle de sport quartiers de Trastevere et Testaccio arpentés à pied ou à bicyclette)  mais à un point tel que le spectateur sent venir à lui ces fragrances, cette lumière qui se diffracte sur les façades orangées, ces bruits de la ville et que simultanément il est aux côtés de Marta, suit  son cheminement vers la mort, un cheminement vécu  comme une manière de "réhabiter son propre corps, d’écouter ce que la vie tente encore de lui murmurer"

Dès la première scène (après un prologue en voix off sur le vol des étourneaux) alors que nous suivons le couple en scooter dans les bouchons de la capitale voici les reflets de l’effervescence urbaine sur les rétroviseurs et sa déformation sur les carrosseries qu’accompagne une tempête de klaxons. Une telle entrée en matière -de "fureur et de bruit" va contraster avec la froideur du face à face Marta/Antonio avant que n’éclate la dispute prélude à la rupture,. Contrastes .. et …similitudes !!!

 Refusant l’apitoiement facile, le tire-larmes du mélodrame Isabel Coixet nous entraîne non dans l’immense tristesse de qui se prépare à quitter la vie mais dans la redécouverte de plaisirs simples dont la  "nourriture"  (l’épisode de la glace que Marta suçote délicatement ou goulûment est révélateur ou encore les préparations culinaires en présence de ces trois bols que le couple avait gagnés suite à des achats en grande surface) Er on sera bouleversé par le jeu tout en délicatesse de l’actrice italienne Alba Rohrwacher La cinéaste convoque aussi la fantaisie en faisant d’une silhouette découpée grandeur nature du chanteur de K-pop, un confident et un ami  ( au final en épilogue cette silhouette prend vie et corps, souffle vivant de l’inanimé)

Au moment où défile le générique de fin on entend  une blague racontée par Antonio (la toute dernière séquence post mortem avait mis l'accent sur la fête comme l’avait préconisé Marta …) blague refusée par le même Antonio dans la séquence d'ouverture alors que la blague semblait liée étroitement à un rite dans l’évidence de la nécessité…)

Un film à ne pas manquer -(quand bien même  on peut déplorer des effets d’insistance (dont l’enterrement du pigeon en présence des deux jeunes filles coutumières de l’auto mutilation, les confidences réitérées à l’ami silhouetté) ou encore  le didactisme de certains  "discours" philosophiques-) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 septembre 2026 6 12 /09 /septembre /2026 12:06

documentaire réalisé par Christophe Dimitri Réveille (2025)

 

Avec  Benigno, Urbano, Pombo et la voix de Vincent Lindon

 

Montage Julien Schickel

Musique  Julien Schickel, Gilles Alonzo, Matteo di Stefano

 

Présenté en Séance spéciale festival de Cannes 2026

Après le triomphe de la Révolution cubaine en 1959, 3 guérilleros ont suivi Che Guevara dans sa tentative d'étendre le soulèvement au-delà de l'île. En 1967, après leur dernière bataille en Bolivie et l'exécution du Che, ces guerriers de l'ombre se lancent dans un périple extraordinaire de 2 400 km à travers la Bolivie, poursuivis par 4 000 soldats en territoire ennemi dans l'espoir de rejoindre Cuba. Des décennies  plus tard, les derniers camarades survivants du Che racontent cette histoire inédite.

Les survivants du Che

20 ans et plus de travail en amont. En 2003 Christophe Dimitri Réveille rencontre Dariel Alarcon Ramirez (1939-2016) dit "Benigno" installé en France ; il lui consacre un livre Benigno, dernier compagnon du Che (2006), et un roman graphique, Benigno, mémoires d’un guérillero du Che (,2013). Entre-temps, il réfléchit à un projet de documentaire. Il parvient à interviewer Harry Antonio Villegas Tamayo, dit "Pombo" et Leonardo Tamayo Nuñez, dit "Urbano", deux autres rescapés. Ces trois survivants Cubains (de la dernière bataille en Bolivie en  1967) seront largement « présents » dans le documentaire. Le réalisateur a pu "rencontrer" aussi Gary Prado Salmon (1938-2023), un des chefs militaires boliviens ; Félix Rodriguez, l’agent anticastriste missionné par la CIA pour traquer Che Guevara;  Efrain Quicañez Aguilar, un membre du parti communiste qui aida de manière décisive les survivants dans leur cavale ; quant à Régis Debray, alors jeune militant révolutionnaire français, des images d’archives feront état de l’intervention française après sa condamnation (on entendra et verra André Malraux ou Jean-Paul Sartre son avocat)

L’interview ou la matière vivante du documentaire!  (l’idéal révolutionnaire survivra à ceux qui l’avaient incarné  … dont ces  6 rescapés, 3 Cubains et 3 Boliviens...et  vers la toute fin, la voix de Vincent Lindon mentionnera leurs noms, comme on déclame une nécrologie incitant à un "travail de mémoire" )

Oui ce film -odyssée du XX° siècle- doit s'inscrire dans une "mémoire collective" ! Dans laquelle les chiffres parlent d'ailleurs d’eux-mêmes : les 6 rescapés de l’expédition bolivienne après la capture de leur leader Che Guevara  (par l’armée, largement aidée  par la CIA) vont parcourir plus de 2400 kms  -depuis le ravin d’El Yuro, dans le centre du pays, jusqu’à la frontière avec le Chili, en pleine Cordillère des Andes,- Rejoindre le Chili (pays d’accueil ?) avant de retourner à Cuba (et faire le récit à Fidel Castro) Traqués (par 4000 militaires…) épuisés .déjouant les pièges tendus:  C’est ce parcours plein de rebondissements que nous allons suivre.

En mêlant habilement les interviewes en frontal (des trois Cubains), des images d’archives en noir et blanc, (journaux télévisés films extraits de presse écrite, photos,) et des scènes d’animation au trait stylisé, aux couleurs mordorées le plus souvent, aux scènes parfois évanescentes, le réalisateur et son monteur Julien Schickel, créent un genre hybride singulier alors que la voix (off) de Vincent Lindon rocailleuse (trop) dans sa raucité, accentue l’aspect épique, exhaussant cette page d’histoire méconnue (voire inconnue) au rang de mythe

Le rythme est souvent haletant. Les récits rapportés par les " guérilleros survivants", récits aux allures picaresques,  sont  illustrés par des scènes d’animation en 2D (fabriquées par le studio "Les Astronautes" dans la Drôme) dans lesquelles la bande son réaliste peut accompagner le fracas des armes, Un tel  choix évite les pièges de l'académisme statique qu'imposerait la simple interview. Et les "rescapés" ne sont pas avares d’anecdotes assez croustillantes (alliance savoureuse  tragique / "comique")  quand elles ne ressuscitent pas la forte émotion éprouvée , des décennies  plus tôt...

Un documentaire - nécessaire,  à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 05:36

 

 

MOTEUR  : RESEAU DES 7 FESTIVALS DE CINEMA DE ROUEN

 

 

 

SOIREE   LUNDI 28 SEPTEMBRE  19H30

 

OMNIA REPUBLIQUE  ROUEN 

                                     

 

                                    PROGRAMME 

Soirée Moteur 28 Septembre  19h30
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10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 02:26

de Julien Gaspar Oliveri

 

avec Diego Murgia Bastien Bouillon Romane Fringeli

 

Présenté en séance spéciale » à la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2026.

Festival du film francophone d’Angoulême : Valois de la mise en scène pour Julien Gaspar-Oliveri et Valois de l’acteur pour Diego Murgia

Enzo, 19 ans et sa sœur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.

La frappe

C’est par la chair qu’on entre dans ce film : la caméra scrute en effet en un très gros plan (zoom ?) tout un pan d’un corps dénudé puis un plan très serré découpe une nuque et les contours d'un visage   et quand le plan s’élargit voici deux corps endormis dans la chaleur de l’été. Enzo et sa sœur Carla. L'angle choisi par le réalisateur est donc la matérialité quasi organique du corps , des corps ! on en mesurera l'impact et l'efficacité, eu égard à la thématique. traitée!

Convaincu d’appartenir à une famille Enzo veut accueillir le père qui sort de prison dans la joie,  recréer les liens;   la sœur farouchement hostile hurle à la trahison et veut rompre avec ce frère qui ne respecte pas le « contrat » (casse - toi sommation par trois fois vociférée) Enzo dans un premier temps est comme exalté. Joie  qu’il voudrait tant partager avec l’univers (cf la séquence à la sortie de prison) Inversant les rôles, il sera l’’employeur de son père Anthony. sur les marchés!!!

Or jusque-là le spectateur ne sait rien ni du passé du père (les raisons de son incarcération, la nature de sa relation avec ses deux enfants) ni du « lourd secret » qui unit et désunit le frère et la sœur. Mais…

Nous suivons ce fils qui refuse de voir dans son père un bourreau et persévère dans un "amour insensé " (cf la séquence où il caresse la peau de son père endormi … et dans une autre séquence il regarde en retrait les gestes de son père  avec une jeune femme et la façon dont il la  plaque sur les cuisses ,, va "exhumer" les attouchements  dont il fut victime (la puissance suggestive de la séquence en est comme décuplée) de même quand Carla dit (hors champ) et toi c’était le jeudi… ce rappel a la force d’un uppercut. Le corps matière vivante organique que l’on abuse d’autant qu’il s’agit hélas le plus souvent de violences intrafamiliales !!! ce n'est pas n'importe quel agresseur autour de nous, ce sont nos dieux. (Propos du cinéaste présent lors de la séance du vendredi 4 septembre) Ô la béance de la blessure !

Bonimenteur sur les marchés, Enzo va se murer dans le silence (son huis clos intérieur sera  impénétrable)

Tel est bien le parti pris du réalisateur Suggérer l’indicible (le mot inceste ne sera jamais prononcé), refuser le voyeurisme (un père qui a abusé de ses deux enfants) Se focaliser sur le présent (les deux enfants sont désormais adultes) et rendre palpables sans flash-back les séquelles du passé, traumatismes indélébiles encore à fleur de peau…le film en sera d’autant plus éprouvant et glaçant 

Un film coup de poing ! Où les non-dits ont la puissance de l’évidence, où le silence au moment du procès est bien la preuve de l’impuissance à  verbaliser .le mal qui ronge au profond  

Un film porté par la prestation talentueuse des deux jeunes acteurs

Un film qui plonge le public dans le désarroi tout comme le jeu trouble et si pertinent de Sébastien Bouillon l’avait mis mal à l’aise (un air détaché maquillant une violence sourde)

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 00:32

De Charline Bourgeois-Tacquet (2026)

 

Avec Léa Drucker (Gabrielle), Mélanie Thierry (Frida la romancière), Charles Berling (le mari de Gabrielle), Erri De Luca (lui-même), Marie Christine Barrault (la mère) Laurent Capelutto (Kamyar) Yumi Narrita (Setsuko)

 

Présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes 2026

Vu en avant-première en présence de la réalisatrice, à l' Omnia mardi 1 septembre

Gabrielle, 55 ans, se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu

La vie d'une femme

Cheveux emmêlés, musique à fleur de peau, de visage,  qui murmure le plaisir. Cette mini séquence liminaire met comme en exergue la délicatesse de la sensualité ! Avant que ne se déploie en 12 chapitres le portrait d’une femme. 12 mois de la vie de Gabrielle, chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital, parisien, qui a fait le choix de se consacrer tout entière, par passion, à son métier (où le contact humain est imparable) un choix qui parfois contrarie son épanouissement sexuel

Les titres calligraphiés en rose, ne se réduisent pas à une fonction programmatique certains sont fortement individualisés, ou réduits à un terme (non), alors que d'autres  tels des clins d’œil ont  l’élégance d’une connivence, (colloque sentimental Verlaine; l’abandon) ironiques ils le sont parfois (fin d’un couple …)  On serait tenté de voir dans les longs plans séquences qui suivront, des fragments de  la vie d’une femme , celle de Gabrielle : dans l’exercice de ses fonctions -au bloc opératoire, en réunion, en consultation -, dans la gestion de sa vie de couple (Henri l'époux interprété par Charles Berling sobre et convaincant ) dans sa relation à la mère atteinte de la maladie d’Alzheimer (Arlette, épatante Marie-Christine Barrault) ; avec un changement de  perspective notoire‘ (échappée dans la montagne en compagnie de Frida, la romancière  venue  interviewer Erri De Luca -dont on retiendra le distinguo entre solitude et isolement!) . L’épisode alpin propose une autre respiration,  hors du cadre urbain « À ce moment-là de l'histoire, Gabrielle n'est plus du tout sur son terrain, elle est déplacée, et j'ai voulu traduire cela visuellement à travers les paysages »

Le cloisonnement que semblait induire la fragmentation chapitrée n'est qu'apparent.  Voici que prend corps la complexité d’un personnage dont la rigidité  contraste avec la fluidité dans les passages d’un chapitre à l’autre (pertinence de la musique choisie) avec  la sensualité de Frida (une Mélanie Thierry solaire) Et c'est bien une chorégraphie -dans le contexte d'Eros et Thanatos- qui préside  aux gestes tout autant qu'aux paroles  (rodomontades et silences,  précision du scalpel,  annonces de cancer à des patients déjà fragilisés, micro chirurgie faciale et ses déclinaisons technique, scientifique et symbolique,  mère à la recherche d'un moi dispersé,  corps caressés, désir exalté) 

Chorégraphie et mémoire du corps !

Et la séquence où l’on voit des danseuses et danseurs investir un espace clos avec ces effets de clair- obscur qui accentuent leur élan oblatif, alors que simultanément les mains de Gabrielle et Frida sont contraintes à se « désunir » (laisser le passage au cortège, à la danse) ne serait-elle pas comme l’acmé du film et du parcours de Gabrielle?.  La rencontre avec la romancière Frida d’abord purement professionnelle se pare d’une beauté épiphanique. Celle de toute révélation ! Sensuelle et presque  mystique à la fois. Gabrielle découvre au contact d’une autre peau, une autre forme de sensualité et de jouissance jusque là insoupçonnée - elle choisit de s’y abandonner 

Un long métrage à la densité romanesque évidente, à la sensualité dévorante, servi par la prestation exemplaire de Léa Drucker -mais aussi par celle de tous  les acteurs-  et qui insère dans le portrait d’une femme tant de problèmes très contemporains ( Alzheimer, familles recomposées, entre autres )

Un film à ne pas manquer - quand bien même  certains spectateurs déplorent  une forme de didactisme dans la mise en scène, des longueurs ou un épilogue déceptif  à Turin....

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 septembre 2026 4 03 /09 /septembre /2026 15:38

d'Emin Alper (Turquie 2025)

 

avec Caner Cindoruk (Mesut) Feyyaz Duman (Ferit) Naz Götkan (Fatma) Berkay Ates (Yilmaz) Özlem Tas (Gülsüm) 

 

Musique : Christiaan Verbeek

 

Festival international du film de Berlin 2026: Grand Prix du Jury, Ours d'Argent 

 

 

Deux villages turcs, l'un à flanc de montagne, l'autre dans la plaine. Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s'exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.

Salvation

Si le scénario s’inspire de faits réels (en 2009 dans un village kurde des gardes armés - avaient assassiné une quarantaine de villageois réunis lors d’un banquet de mariage-) le réalisateur dénonce à travers cette tragédie "les fous du monde entier" ces "colons et leaders"  -en Turquie et  dans bien d'autres pays de la planète- ces  fanatiques génocidaires qui prétendent lutter contre le terrorisme (en perpétrant eux-mêmes des attentats . ...) Salvation (titre ironique.?) acquiert une portée politique universelle; autorise, mutatis mutandis, un parallèle avec le  monde d'aujourd'hui   !

Les rivalités claniques s’intègrent dans un espace qui oppose le Haut-Pingan, -  où vit le clan des Hazeran-, et le Bas-Pingan - où vit celui des Bezari . Vues en plongée et contre plongée ; on s’épie on se jauge on interprète tel ou tel signal à l’aune du soufisme avec cet objectif pour ceux du Haut  -mettre fin à la guerre avant qu’elle ne commence

Leur cité?  Un labyrinthe! ! des ruelles, des escaliers, des espaces souterrains, et dans la complicité des clairs- obscurs  se profilent des  silhouettes (fantasmées ?)  une bande son  en accentue les aspects presque fantasmagoriques . La "dualité" déclinée presque ad libitum sert ainsi de fil rouge narratif.  Voici deux frères, Ferit (Feyyaz Duman) le chef spirituel, et Mesut (Caner Cindoruk),- il fut privé de ce titre car il s’est marié avec Gulsum (Ozlem Tas) alors domestique d’un chef de clan ennemi… Ferit partisan de la négociation, de la diplomatie met en garde contre les interprétations mensongères, mais il sera déchu. Mesut, l’inspiré mystique, persuadé que ses rêves sont des signaux envoyés par le grand-père seul cheikh habilité à nommer ses successeurs, va galvaniser les habitants en les hystérisant, leur promettant la liberté  la reconquête de "leurs" terres, en  massacrant le frère ennemi d’en bas. Abattre aussi la gémellité, porteuse d’esclandres et de malheurs tant elle symbolise(rait) , manichéenne, le bien et le mal … (mais le plan final opposera le regard de la jumelle, la seule survivante,, la miraculée à  celui ahuri de Mesut…deux regards, deux visions de l'histoire et UN mode de cohabitation ? )

Villageois en transe (deux séquences en écho pour une chorégraphie des corps habités dont les balancements sont rythmés par l’incantation d’une parole magique) bouches qui éructent la haine, tortures infligées à un sourd muet pour lui extorquer des aveux…,confidences  de Fatma (ou la "fabrique de l'histoire" )    Oui  un dédale mental imprégné de superstitions, semble faire corps avec la géographie dédaléenne de la cité ;--  pierres et vêtements se fondent d’ailleurs dans une même  couleur et le son d’un cor tibétain renvoie l’ensemble à une forme de démonologie et/ou au fantastique .Et quand la caméra quitte le huis clos de la cité , voici en larges panoramiques et en plongée les paysages anatoliens  : ils dessinent dans leur planéité diurne les entrelacs de la cité, éclairés de nuit par des torches  

Oui tout cela est séduisant !

Et pourtant !

La charge est trop souvent démonstrative; elle s’étire inutilement (plus court et plus suggestif le film n'aurait-il pas  gagné en force persuasive? )

 

Colette Lallement-Duchoze


 

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3 septembre 2026 4 03 /09 /septembre /2026 03:34

D'Helen Walsh (G-B 2025)

 

Avec Barry Ward (Jack) Lorne MacFadyen (Daniel) Liz White (Maggie) Henry Lawfull (Tom)   

 

Musique  Félix Rösch  

Festival international du film de Thessalonique 2026 : mention spéciale pour la musique

Festival du film Lovers 2026 : prix du public

Jack est marié à Maggie depuis plus de la moitié de sa vie. Il travaille comme ramasseur de moules dans les bancs du nord du Pays de Galles avec son jeune frère, Dyfan, et ses trois fils. Jack a toujours pensé que son fils, Tom, rejoindrait l’entreprise familiale à la fin de ses études, mais la réticence de Tom à suivre ses traces provoque des tensions familiales. Celles-ci sont encore exacerbées par l’arrivée d’un matelot itinérant, Daniel, qui avoue ses sentiments à Jack. Dans cette communauté rurale isolée où la vie tourne autour de l’Église et de la pêche, Jack est confronté à un dilemme insurmontable.

Face à la mer

Ne pas réduire ce film à une énième variante (et variation)  de la relation homosexuelle -ici sur la côte sauvage d’un village de pêcheurs. au Pays de Galles. La cinéaste aborde cette thématique certes mais en l’intégrant dans le traitement à la fois frontal et elliptique des forces qui oppriment  cette communauté isolée du nord du Pays de Galles -religion, homophobie, virilisme patriarcal. Ainsi Jack (interprété par Barry Ward que nous avions vu dans le rôle-titre de Jimmy’s Hall de Ken Loach) incarne un quinquagénaire ( ?)  qui apparemment ne remet pas en question ni son couple (il connaît Maggie depuis l’adolescence) ni son dur labeur (il est associé avec son frère dans l’entreprise de ramassage de moules) ni les rites séculaires de son village.(dont la présence à l’Eglise et la transmission de son « savoir ») Or sa société connaît des difficultés financières (ce qu’accentue la relation peu courtoise avec le frère…) et son fils oppose une fin de non-recevoir à toutes ses demandes…La cinéaste dans un premier temps le filme au travail en décomposant ses gestes répétitifs tout comme elle démonte par de très gros plans certains mécanismes (câble tendu, énormes roues des véhicules tracteurs,  engins de levage,  ) qu’elle embrasse dans l’évocation d’une côte à la beauté à la fois sidérante et angoissante -comme si ce paysage maritime devenu personnage agissait sur tous les autres dans la rudesse partagée avec la violence du vent et des flots (et la musique confronte le stoïcisme des travailleurs aux déchaînements des éléments maritimes)

La présence de Daniel matelot itinérant (regards furtifs et attirance) va ressusciter des tendances enfouies, des pulsions qu’il avait combattues (la rare discussion sans filtre avec Maggie le dira explicitement). Et tout un cheminement intérieur (que l’on peut comparer à un tiraillement) va précéder l’acceptation de "l’interdit" sa concrétisation. La relation  " amoureuse" est vécue avec une sensualité délicate- dans la nudité des corps enlacés et au plus fort de la jouissance…. mais aussi dans ces mains caressantes et la tendresse des baisers. Ce qui aura frappé c’est la "dialectique" fermeture/ouverture : quand Jack était filmé en extérieur ( plans larges ou resserrés) -milieu ouvert- la réalisatrice simultanément nous conviait à  "explorer"  son monde intérieur (fermé)  alors que le huis clos où se retrouvent les deux amants (un extérieur fermé) facilite l’ouverture de ce monde intérieur vers l’insoupçonné jusqu’alors refoulé

Dommage que la "maladie" de Jack (ou plutôt la récidive) oriente le film - après la rupture des deux "amants" - vers le mélo   ou du moins joue le rôle de ressort narratif    Toutefois, les dernières minutes ont la puissance suggestive des non-dits (voici simultanément le corps gisant d’un père qui se sait condamné et le sursaut inattendu d’un fils Tom ...jusqu'alors farouchement hostile à toute forme de contrainte)

Sans fulgurances ni aspérités, Face à la mer se laisse approcher comme une romance sobre et discrète… sans plus ….

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 août 2026 1 31 /08 /août /2026 11:39

D'Arthur Harari (2025) 

 

Avec Léa Seydoux (Eva Helsinger/David Zimmerman) Niels Schneider (David Zimmerman/Malia)  Valérie Dréville (Gabi Zimmerman) Lilith Grasmug (Malia) Rudu Jude (le père de Malia)  Shanti Masud (Alice)  Jonathan Turnbull (Chris Caro)  Victoire Du Bois (Sophie Caro)

D'après le roman graphique Le Cas David Zimmerman (2024) réalisé par Lucas Harari

 

Présenté au festival de Cannes 2026 Compétition officielle

À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe, mais personne ne le sait. Alors qu'il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard et la suit. Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l'inconnue.

L'Inconnue

L’inconnue un " body swap"  (littéralement échange de corps) ? Peut-être, encore que.... En adaptant la BD réalisée par son frère Lucas (Le Cas David Zimmerman), Arthur Harari refuse le comique, l’horrifique le naturalisme, souvent liés à ce "genre " littéraire ou cinématographique Son questionnement sur l’altérité, sur l’identité, -comment habiter son nouveau corps , est-on encore soi quand l’enveloppe charnelle ne correspond plus à ce qu’on était- ou croyait être? -  il se plaît à le complexifier ( David /Eva est à  la recherche de son corps, et suite à un rapport sexuel avec Malia,  Niels Schneider va devenir Malia  …) Après la "sidération" (brillamment interprétée par Léa Seydoux,  Eva/David, nous  allons désormais suivre les errances du couple David (Léa Seydoux) Malia (Niels Schneider) 

Le questionnement s’inscrit presque naturellement  dans la mémoire de soi et des événements,  dans la temporalité donc (mais une temporalité à la chronologie éclatée et un jeu sur de fausses analepses et prolepses) tout comme il s'inscrit  dans l’espace (Paris, banlieue, Lille, Ingrandes-sur-Loire, autant de lieux soumis eux aussi à des brisures des expropriations ) il s’inscrit enfin dans la « transmission » (le mariage, qui encadre d’ailleurs les « rencontres », le rôle des pères -celui de David photographe interrogeait les empreintes du passé par la superposition de strates; celui de Malia interprété par le cinéaste roumain Radu Jude dont on connaît l’exigence des interrogations sur le passé de son pays ; la maternité assumée ou refusée, le rôle de la mère, celle de David qui dans une séquence ultime lui rappellera (sans l’avoir identifié…)  cet instant unique vécu sur la plage d’Ostie tel un défi au Temps.  Un questionnement que le cinéaste pousse à l’extrême : la dépossession de soi jusque dans la mort

Si on a l’impression que sont convoqués le « je est un autre » rimbaldien, Blow up (rôle de la photo, la notion de point de vue, le parc) Profession Reporter - journaliste hanté par une identité qu’il a dérobée…, ou Vertigo (l’image du pont et du double) et que la thématique n’est pas originale, Arthur Harari cherche à dérouter son public en rendant presque méconnaissables  deux stars du cinéma (surtout Niels Schneider « asséché » qu’il oppose par contraste à une Léa Seydoux plantureuse ; elle avait accepté de tourner en période post partum.) Le questionnement renverrait (effet spéculaire ?) à l’entité d’acteur, à son paraître, à ses doubles.: Eva/David se regarde à l’aide d’un miroir, isolant un téton, un très gros sein, des bourrelets, un sexe, pour « identifier » ce nouveau corps , Léa Seydoux telle qu’en elle-même et pourtant autre et Léa Seydoux actrice jouant le rôle d’un homme scrutant le corps d’une femme, le sien… Diffraction du regard! . Quant à l’acteur Niels Schneider , en interprétant Malia il pare sa maigreur d’une suavité proche du Caravage, alors qu’auparavant jouant David photographe, introverti et solitaire, il imposait à l’écran une maigreur christique

Ô l’étrange étrangeté du …familier !

C’est par le regard (et ses multiples déclinaisons dont l’œil de la caméra et l’objectif de l’appareil photo) que tout fusionne. Et pour explorer la thématique de l’identité et de la perception, celle de la métamorphose de la  métempsychose ou tout simplement des anamorphoses, le film s’appuie sur la partition singulière d’Andrea Poggio, et se clôt sur une chanson de Bob Dylan.(né Robert Zimmerman !!)  Le vagabond qui grattait à ta porte / enfile désormais les vêtements qui étaient les tiens » ( dans It’s All Over Now, Baby Blue). Mais hélas Il recourt trop souvent à des métaphores visuelles éculées (le miroir, les brisures de verre, le télescope, les strates, la paume de la main) dont la facticité ne saurait convaincre …ni étourdir d’ailleurs 

 

Colette Lallement-Duchoze

L'Inconnue
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29 août 2026 6 29 /08 /août /2026 12:00

De Manuela Martelli (Chili 2025)

 

avec Maya O’Rourke (Inès) Maia Rae Domagala (hanna) Saskia Rosendhal (Lina la mère de Hanna) Jacob Gierszal (Alexander l’entraîneur) Paulina Urratia (Techa la grand-mère)

 

Présenté au festival de Cannes 2026 section Un certain regard

Chili, 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature. Alors qu'elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski, Inès, 9 ans, se lie d'amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d'Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de trace, l'enfant cherche à comprendre.

 

Dégel

Inès, gamine au regard magnétique et scrutateur tout à la fois, au visage impavide, est notre guide et témoin dans ce film Dégel. Un film atmosphérique qui tient à la fois du thriller (recherche de la jeune skieuse allemande Hanna mystérieusement disparue) et du politique -Chili 1992 début de la période dite de "dégel";- combien d’être échoués de dépouilles ensevelies, pendant la dictature de Pinochet, mais .combien de tentatives d’effacement par enfouissement, en refusant  de demander des comptes aux assassins"  Les objurgations de la grand-mère font écho à ces silences…

Le film s’ouvre sur une image saisissante (image d’archive en noir et blanc?), le transport à Séville -pour l’Exposition universelle- d’un énorme morceau de banquise de l’Antarctique …Ce fut la participation du Chili en 1992  et dans le film Dégel, les parents d’Inès, en Espagne avec la délégation, ont confié la garde de l’enfant à leurs parents propriétaires d’un hôtel dans une station de sport d’hiver au sud du Chili

Cette image liminaire va encoder tout le film. … La cinéaste « exploite » les deux aspects indissociables de tout iceberg:  sa partie visible émergée et sa partie invisible immergée, entraînant le spectateur de l’une à l’autre On voit le père d'Inès interviewé (TV) évoquer le « succès d'une transition ordonnée; simultanément on voit le grand-père pactiser avec les militaires, et le chef de la brigade opposer - avec outrance et condescendance- une fin de non- recevoir aux "fureteurs" En 1992 le bloc de glace maquille les crimes commis au Chili, dans le film, la glace et la neige -par la blancheur ou le flou sont censées accentuer la noirceur des desseins avoués ou non – Mais elles peuvent céder la place au feu -à la fois dévastateur et libérateur (lenteur du geste de Lina, la mère d'Hanna, venue enquêter, elle a recours aux braises pour allumer sa cigarette, lenteur et symbole ; sous ou dans la braise les reliques d’un lambeau du passé broyé par l’incandescence de la  flamme)

Les deux premiers plans d’ouverture - blanc et transparence du bloc transporté, intérieur mordoré en clair-obscur- sont d’autant plus saisissants qu’ils sont accompagnés par une musique qui « prend aux tripes »!

Parfois (comme dans Chili 1976) de très gros plans prolongés sont trop appuyés (les débris de verre, le rouge du sang qui sinue dans le lavabo) et ce faisant perdent leur puissance suggestive; il en irait de même pour des références trop « visibles» à Psychose ou Shining   Mais peu importe ! L’essentiel est  le rôle dévolu à la gamine de 9 ans- qu’interprète avec un mélange d’aplomb et de retenue l’actrice Maya O’Rourke. En quête de tendresse et de complicité elle s’était liée d’amitié avec Hanna, dévastée par sa disparition elle voit en Lina une mère de « substitution » (au point de souhaiter la suivre en Allemagne !)  

Voyez-la se faufiler dans les couloirs de l’hôtel, côtoyer le personnel, fureter, partager le lit d’Hanna, dérober une clef et pénétrer dans la chambre d’Alexander,  s'emparer du "journal intime" d'Hanna...Elle la toute jeune traductrice (c’est qu’elle maîtrise  castillan et anglais) décode les messages oraux et écrits. Après la disparition d’Hanna (qu’elle a vue partir avec son cousin Sébastian) elle obéira aux injonctions comminatoires de sa grand-mère (tu te tais sinon toute ta famille ira en prison…) … Ô ce silence relayé par le regard ! ou ce minimalisme des dialogues - quand ils ne seront pas « relayés » par un storytelling ( ?)

Forêt et montagne après la saison hivernale se recouvrent d’un tapis vert, promesse d’une « renaissance » ??? (or les événements récents au Chili laissent présager … )

Si la vérité ne sort pas de la bouche des enfants, elle reste dans les entrailles d’une nature inviolée (étonnante Inès impassible malgré LA découverte)

La dernière scène est tout simplement glaçante dans l’apparente fusion (osons cet oxymore… sans spoiler)

 

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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